COMPTE-RENDU DE LA RÉTROSPECTIVE JACQUES BARATIER

Une rétrospective intégrale consacrée au cinéaste Jacques Baratier a eu lieu à la Cinémathèque française du 9 au 28 février 2011. Son œuvre est restée invisible pendant de nombreuses années et cet évènement a été l’occasion d’en avoir une vision d’ensemble, de la reconsidérer dans sa globalité, d’en mesurer la cohérence et d’attester de sa popularité auprès des spectateurs.

A propos de Jacques Baratier

« Ce qui vient en premier plan dans ses films, c’est la poésie, pas la machine cinématographique. Il faisait un cinéma qui inventait son propre territoire. D’habitude les gens travaillent sur le même territoire, mais lui en a changé continuellement. Le cinéma a été pour lui une espèce d’instrument magique pour approcher et donner vie à tout ce qu’il aimait. »
André S. Labarthe, 2010

Jacques Baratier est un cinéaste français atypique, une personnalité caractérisée par une grande indépendance d’esprit et passionnée de littérature et de peinture. Entouré continuellement de poètes, d’écrivains, de musiciens et d’artistes en tous genres, il a fait office de véritable découvreur de talents. Avec plus d’une trentaine de films, sa filmographie est imprégnée aussi bien d’une fibre documentaire que fictionnelle. Son œuvre ne nous enferme pas dans un système. Si elle ne devrait être définie que par un seul mot, ce serait la liberté ; aussi bien sa liberté que celle du spectateur. A la fois éclectique et personnelle, elle a permis de dresser un portrait juste et polyvalent de son époque, comme un témoignage précieux et sincère hors de tous diktats. L’œuvre de Jacques Baratier est ainsi traversée par la fantaisie et l’audace, avec une façon unique de raconter des histoires, une conception personnelle du montage, à la fois dynamique et éclaté, synonyme de liberté.

Bernard Benoliel et Diane Baratier, lors de la table ronde « Jacques Baratier, le « désordre » retrouvé » le samedi 12 février 2011 à la Cinémathèque française. Copyright © Association Jacques Baratier.

La rétrospective à la Cinémathèque française

La rétrospective a enregistré 4440 entrées pour 31 séances, soit une moyenne de 143 spectateurs par séance. Diversifié, le public était composé d’amis et collaborateurs de Jacques Baratier, de professionnels du cinéma, de cinéphiles et de personnes curieuses de l’étendue des sujets abordés. Le public était aussi bien intéressé par ses courts métrages documentaires que par ses longs métrages fictionnels. La soirée d’ouverture a été l’évènement majeur de cette rétrospective.

Goha a inauguré le cycle le 9 février 2011 à la Cinémathèque française, cette première œuvre est fondamentale dans sa filmographie. Elle est en effet révélatrice du travail et de la personnalité de Jacques Baratier, un cinéaste qui peint ses films comme des tableaux à la manière d’un Van Gogh, et démontre que l’art cinématographique ou tout système référentiel qui lui est attaché n’est pas sa source d’inspiration première mais qu’elle s’étend à d’autres domaines comme la peinture, la littérature ou la poésie, et plus généralement l’ouverture vers le monde extérieur.

Une copie tirée en 2008 en Tunisie et sous-titrée en français spécialement par les soins de l’association a été utilisée pour la projection car le vœu le plus cher du réalisateur a toujours été de montrer en France ce film dans sa version arabe. La soirée d’ouverture a été présentée par Serge Toubiana, directeur général de la Cinémathèque, Claudia Cardinale, qui a tenu à venir pour l’occasion, et Diane Baratier. Elle s’est terminée dans la convivialité par un cocktail. Cet évènement a été notamment soutenu par la direction du Cinéma du Ministère de la Culture en Tunisie. François Hurard, conseiller Cinéma au Ministère de la Culture, a pu également assister à la projection et a remis à Monsieur le Ministre Frédéric Mitterrand deux DVD correspondant aux versions française et arabe sous-titrée français de Goha, film auquel le Ministre est particulièrement sensible. La réalisatrice Raja Amari, et l’écrivain et poète Abdelwahab Meddeb ont soutenu l’évènement. La Direction de la Communication de l’Institut du Monde Arabe a contribué à une meilleure diffusion de celui-ci.

Goha a été présentée une seconde fois en version arabe par le réalisateur, critique et historien de cinéma Fédir Boughedir. Il a situé historiquement le film et souligné son importance dans le patrimoine cinématographique tunisien. Il s’agit de la première coproduction par la jeune république tunisienne qui vient tout juste d’accéder à l’Indépendance au moment du tournage. Par la suite, la première revue de cinéma tunisienne a été nommée Goha, et des personnages similaires au héros, autrement dit emprunts de naïveté, à la fois sensible à la beauté environnante et perméable à l’agressivité extérieure, sont peu à peu apparus dans des films tunisiens. Goha a été présenté la troisième fois en version française par la première femme de Jacques Baratier, Néna, scripte et monteuse du film, qui est revenue sur les intentions rattachées à la conception du film, à savoir l’amitié et l’égalité entre la Tunisie et la France. C’est pour cette raison que le film a été tourné en deux versions, l’une arabe de 90 minutes et l’autre française de 78 minutes. Cette adaptation du livre égyptien d’Albert Adès et Albert Josipovici, inspiré de la tradition populaire commune à tout le monde arabe, fut adapté par le poète et dramaturge francophone d’origine libanaise Georges Schéhadé.

Le film a reçu un accueil chaleureux de la part du public parisien.

Plusieurs articles de presse ont parlé de l’évènement, notamment Le Nouvel Observateur, Télérama, L’Humanité, Positif, BREF le magazine du court métrage, La Quinzaine Littéraire, la BiFi, ajoutés en pièce-jointe de ce compte-rendu. La rétrospective a été également relayée par la programmation de la « Nuit Jacques Baratier » le mercredi 16 février 2011 sur la chaîne Cinécinéma Classic, avec le passage de Goha, La Poupée, Piège, La Ville-bidon, et du documentaire Portrait de mon père, Jacques Baratier, réalisé récemment par sa fille Diane Baratier et édité en DVD par Tamasa Distribution.

Table ronde « Jacques Baratier, le « désordre » retrouvé » le samedi 12 février 2011 à la Cinémathèque française, avec Diane Baratier, Yann Dedet, Jean-Baptiste Thierrée, Nicole Bertolt, Marc’O et Bernard Benoliel.  Copyright © Association Jacques Baratier.

Après la rétrospective

La rétrospective a été aussi l’occasion de mettre en route un travail approfondi visant à recueillir des documents pour l’écriture d’un livre, restaurer plusieurs longs métrages de Jacques Baratier, dont il ne reste pour certains d’entre eux que des copies en mauvais état, et à les rendre disponibles au public. Une association regroupant les droits d’auteur des membres de la famille Baratier a été créée dans cette optique. La restauration de certains négatifs est urgente, en particulier celle du film Goha, dont le gouvernement tunisien détient aujourd’hui l’entière propriété. Les négatifs des deux versions, envoyées de France au laboratoire S.A.T.P.E.C (Société anonyme tunisienne de production et d’expansion cinématographique) en 1989, et  actuellement conservés dans les réserves de la Cinémathèque de Gammarth, commencent à présenter des signes de désintégration, si on se réfère à la copie tirée en 2008 qui a servi à la projection pour la rétrospective. Il ne peut plus être tiré de copies d’après ces négatifs trop endommagés. Leur transfert en France suivi de leur expertise est nécessaire de toute urgence. 

Filmographie

Fictions
Goha (1958)
La Poupée (1962)
Dragées au poivre (1963)
L’Or du Duc (1965)
Piège, ou La Peur d’être volé (1969)
La Ville-Bidon (1974)
Vous intéressez-vous à la chose ? (1974)
– L’Araignée de Satin
(1984)
Rien, voilà l’ordre (2002)

Documentaires
Les Filles du soleil (1949)
Désordre (1950)
La Cité du Midi (1952)
Métier de danseur (1953)
Chevaliers de Ménilmontant (1953)
Pablo Casals (1955)
Paris la nuit (1956)
Èves futures (1964)
Le Désordre à vingt ans (1966)
Eden miseria (1967)
Opération séduction (1975)
Vanille la fleur (1987)
L’ami abusif (1989)
Mon île était le monde (1991)
Le Beau Désordre (2009)

Télévision
Jacques Dufilho : Le comédien et son double (1963)
René Clair, Cinéastes de notre temps (­­1968)
Goha et après (1971)
Un pommier en hiver (1972)
Le berceau de l’humanité (1973)
L’Occitanie 1 et 2 (1973)
Enfance africaine (1976)